Ce n’est pas encore cette fois-ci que la France va briller au classement PISA.
Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE met à l’honneur quatre provinces et métropoles chinoises — Pékin, Shanghai, Jiangsu et Zhejiang — qui arrivent en tête en sciences et en mathématiques, tandis que Singapour domine la compréhension de l’écrit. Macao, Taïwan, le Japon et la Corée du Sud complètent le haut du classement. Depuis sa création, l’OCDE, qui compte 38 pays membres, mesure l’efficacité des systèmes éducatifs en évaluant les compétences des élèves de 15 ans à travers la compréhension de l’écrit, la culture mathématique et la culture scientifique. Pour cette édition, l’accent était mis sur les sciences. En France, 6 500 élèves répartis dans 289 établissements ont été évalués après un tirage au sort.
Des résultats en France « dans la moyenne de l’OCDE »
Globalement, cette édition enregistre « la performance moyenne la plus faible jamais observée dans les pays de l’OCDE », note Éric Charbonnier, spécialiste de l’éducation à l’OCDE. « La performance en sciences se maintient à peu près, mais il y a une chute de plus de 20 points sur la compréhension de l’écrit et en mathématiques », ajoute-t-il. Si les résultats des élèves français à cette enquête internationale sont les plus bas jamais mesurés depuis la création du classement, la France reste dans la moyenne des pays de l’OCDE pour les trois matières évaluées. Par rapport à l’édition précédente, les scores français ont reculé : les résultats en sciences ont diminué de quelques points, tandis que la compréhension de l’écrit et les mathématiques affichent des baisses plus marquées. L’OCDE rappelle qu’une variation de 20 points correspond approximativement à une année de scolarité.
Baisse marquée chez les élèves favorisés
Sur la période analysée, les résultats ont baissé partout : les scores en sciences, en lecture et en mathématiques ont tous décliné. Depuis plusieurs cycles, l’écart de performance entre élèves les plus favorisés et les plus défavorisés s’est réduit, mais pas pour la bonne raison : les résultats des élèves favorisés ont nettement diminué, tandis que ceux des élèves défavorisés sont restés globalement stables. Ainsi, la performance en mathématiques a chuté de plus de vingt points parmi les élèves les plus défavorisés et de près de quarante points chez les élèves favorisés. « Notre système éducatif a vraisemblablement des difficultés qui se sont généralisées parmi les élèves favorisés », pointe Éric Charbonnier. Autre source d’inquiétude : un tiers des élèves français rencontre de grandes difficultés en compréhension écrite. « Les élèves, en France comme dans beaucoup de pays, ont beaucoup plus de difficultés à répondre aux questions qui demandent des processus cognitifs complexes, de la réflexion, la lecture de textes longs (environ 400 mots), de la concentration », explique Éric Charbonnier.
Problèmes d’absentéisme et de remplacement
L’étude met également en évidence une hausse des absences d’enseignants, parfois non remplacées : la part des chefs d’établissement déclarant manquer d’enseignants a fortement augmenté, passant d’un niveau nettement inférieur à une proportion bien plus élevée lors de la dernière enquête, selon l’OCDE.
Un soutien des parents qui s’affaiblit ?
L’OCDE invite à ne pas forcément chercher la cause du côté du seul investissement public. « La France a une dépense d’éducation assez forte par rapport aux performances obtenues », observe Éric Charbonnier, qui préconise surtout de « bien investir l’argent ». En revanche, l’organisation s’alarme d’un affaiblissement du soutien parental, notamment en France, alors que les parents ont un rôle important dans la réussite scolaire des enfants. L’étude note aussi une baisse de la compréhension de l’écrit chez les garçons issus des milieux les plus favorisés, une observation nouvelle. Parmi les hypothèses évoquées pour expliquer certains phénomènes, Charbonnier mentionne l’entrée plus marquée de l’intelligence artificielle dans les foyers favorisés : « Est-ce parce que l’intelligence artificielle est plus entrée chez les familles favorisées ? C’est une des hypothèses qui méritent d’être mises sur la table. » Il recommande une « utilisation modérée » du numérique à des fins pédagogiques.
Points positifs
Malgré ces inquiétudes, l’enquête relève aussi des éléments positifs : les élèves français se montrent plus curieux que la moyenne et prennent plaisir à faire des sciences.
Réaction des autorités
Le ministre de l’Éducation a qualifié les résultats de « préoccupants » mais « hélas, pas une surprise ». Selon lui, s’il est possible de mener à la fois des chantiers sur la pédagogie et sur l’autonomie des établissements, la France pourrait à terme retrouver une meilleure place au classement.
